portrait par Catherine Charlebois

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Armand Monroe
(1935-)

Dernier d’une famille de 13 enfants, Armand Larrivée naît en 1935 et grandit dans le quartier Saint-Henri à Montréal. Attiré par les lumières de la ville, il déménage au centre-ville de Montréal à l’âge de 18 ans. En 1957, alors qu’il se trouve au Tropical Room, le lounge du Downbeat Club situé sur la rue Peel, son enthousiasme et son charisme piquent la curiosité du gérant de clubs Solly Silvers, qui lui propose de devenir animateur au Tropical Room. Armand est alors déjà connu sous le nom de «la Monroe», en l’honneur de l’admiration qu’il porte à la belle Marilyn. À une époque où l’homosexualité est encore considérée comme un crime, il révolutionne l’univers des bars gais, peu nombreux et illicites à l’époque, en offrant à la clientèle homosexuelle des spectacles conçus pour eux, à la différence de Guilda ou encore de Lana St-Cyr, dont…

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La prière du corps et la mère de Dieu

Si le christianisme a connu, à différents moments de son histoire, des pointes d’intégrisme dont la cruauté n’avait rien à envier à celle qu’on voit aujourd’hui honteusement étalée au nom d’Allah et de son prophète, mais il a connu aussi des courants holistiques qui, réduisant la symbolique à sa dimension fonctionnelle, au détriment d’une dogmatique purement intellectuelle, ont placé au cœur de l’expérience religieuse le rapport physique avec la divinité.

Les hésychastes grecs pratiquaient une prière du cœur qui, à bien des égards, peut être comparé au yoga, une sorte de gymnastique de la respiration, qui les mettait dans un état de totale disponibilité, toujours prêt à recevoir la visite de Jésus. Dans l’iconographie chrétienne, le Sacré-Cœur a gardé le souvenir d’une telle pratique.

Ce recours à la pratique individuelle d’une spiritualité qui passe par la pensée somatique plutôt que par le langage symbolique ramène toujours sur la stèle principale des figures emblématiques la Mère de Dieu.

C’est dans le tourment d’une crise semblable à celle que nous vivons aujourd’hui qu’ont vécu les personnages de Jeanne et Joseph. À la suite des croisades, une bonne partie de la Grèce et du Proche-Orient était sous la botte européenne. On se partageait les loques de l’Empire Romain d’Orient, avant qu’il ne cède à l’inévitable poussée ottomane.

Pour solidifier l’alliance des chrétiens papistes et des chrétiens d’Orient, sans compter les énormes avantages commerciaux qui en découlaient, on a marié en 1322 l’empereur byzantin Andronic III Paléologue et la fille d’Amédée V de Savoie, Jeanne, rebaptisée Anne par son baptême orthodoxe.

Son confident, Joseph, adepte comme elle de la religion des Parfaits d’Amour, l’accompagne au cours des nombreuses péripéties qu’occasionnent sa retraite au mont Athos. Échappant à la guerre civile et aux innombrables conflits qui ont cours en Byzance, Jeanne et Joseph sont séparés par des pirates catalans. Contrairement à ce qu’ils avaient souhaité, leur destin n’est pas de mourir ensemble.

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Nous serons Grecs!

Lorsque j’avais choisi pour ma tétralogie de romans historiques, comprenant Jeanne et Joseph, Le Baiser des Sources, Le dernier des Garçons en Fleurs et La Nuit de Nice, le titre Nous serons Grecs!, je n’avais pas anticipé qu’au moment ou je l’eusse terminé, les événements donneraient à cette nation, faite de cent autres nations, à cette culture-mère, l’occasion de se montrer une fois de plus à la hauteur de la situation, aussi dure et cruelle fût-elle, de faire face à la musique. Et cela, les Grecs savent le faire. Après tout, n’ont-ils pas inventé la tragédie?

Mais qu’ont donc les Grecs que nous voulions être comme eux, ou mieux devenir Grec? Pour Nietzsche, protagoniste et narrateur de La Nuit de Nice, être Grec était un souhait romantique par lequel ils s’inscrivaient, lui et son ami Richard Wagner, dans la lignée de Hölderlin. Nous serons Grecs! est un cri de libération. Une nouvelle philosophie, qui est en fait la plus ancienne, nous permet de remplacer la religion par l’art, de transformer les souffrances et les horreurs de la condition humaine en joies et en beauté. Tout un contrat!

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Au XIVe siècle, Jeanne de Savoie et son confident Joseph, voulaient être Grecs et le hasard, ou les circonstances de l’Histoire, ont fait qu’ils le deviennent, puisqu’en épousant l’empereur Andronic III, Jeanne est allé vivre à Constantinople. Le témoigne de Joseph (Juif Espagnol) est empreint d’une certaine nostalgie à l’égard de leur jeunesse exaltée, du culte de l’amitié homme-femme, désormais compromis par la subordination de la philosophie à l’orthodoxie chrétienne. Il est empreint aussi d’une poésie visionnaire. Le culte de la mère de Dieu devient le lieu de la fusion poétique de la religion et de la philosophie. Seule Vénus survit à l’hécatombe épicurienne. Comme Nietzsche, Lucrèce est théocide, mais si les autres dieux s’avèrent indignes d’adoration, si leurs règnes sont passagers, la déesse de l’amour règne et régnera sans trêve.

Dans Le Baiser des Sources, l’intrigue quasi-polar se déroule au royaume de Westphalie en 1809. Dans ce volet de la tétralogie, ce n’est pas tellement les personnages veuillent devenir Grecs, mais la mode, cette nouvelle tyrannie qui s’implante en même temps que l’empire napoléonien,  impose un new look du temps: à la grecque. Sandales lacées sur les mollets, robes de mousseline, tout pour ressembler à une bacchante de frise. Mais trouver dans l’art une forme de spiritualité plus holistique que la religion était d’actualité dans la société éclairée de l’après révolution française. La Phalange des Plaisirs est chargée d’organiser une fête pour célébrer l’anniversaire de mariage de Jérôme Bonaparte (le plus jeune frère de Napoléon) et la princesse allemande Catherine de Wurtemberg. Dans ce roman – car il s’agit toujours de romans, quel qu’en fût le contenu avéré historiquement -, une afficionada de la belle Américaine à laquelle Jérôme a fait un enfant et que l’empereur, parce qu’il a d’autres plans pour son frère, refuse de laisser entrer sur son territoire, cherche à la venger.

Dans le quatrième roman, intitulé Le Dernier des Garçons en Fleurs, c’est dans l’Angleterre de 1898 qu’un jeune artiste du Bic  est initié à l’hellénomanie. Mais la transformation alchimique de la religion en art ne semble pas si aisée dans le contexte canadien-français de l’époque. Ici, comme dans Le Baiser des Sources, l’homosexualité de certains personnages favorise leur enthousiasme pour la culture grecque.

Kawabata, tant qu’il y en a!

Le coup de foudre littéraire, s’il n’a pas l’immédiateté de la rencontre inopinée de personnes qui sentent en même temps qu’elles étaient faites l’une pour l’autre, en a certainement la fulgurance…et peut-être des conséquences plus lourdes. Mon coup de foudre pour Kawabata a été préparé. Ma curiosité avait été piquée par une référence de Gabriel Garcia Marquez, dans L’Avion de la belle endormie, au roman de Yasunari Kawabata Les Belles endormies (1961). Et comme j’apprécie beaucoup le discours de réception à l’académie Nobel de Garcia Marquez –

je suis allé lire celui de Kawabata. Déjà le titre m’a séduit: La beauté du Japon en moi. Évidemment une incomplète traduction. Au « en » qui relie « moi » et « Japon » il faut ajouter « par » et « à travers ». Mais on y découvre un érudit sans prétention qui, mettant de l’avant le travail des grands poètes et surtout des grandes poétesses qui l’ont précédé, correspond parfaitement à la description que Roland Barthes fait de Proust: «l’ouvrier modeste d’une tâche au caractère absolu».

Quoi qu’il en soit, le paradis de mes lectures en a été tout chamboulé.  Mais qu’y a-t-il donc dans ses romans qui me fasse tant d’effet? Des trains. De la neige. Des arbres. Des fleurs. Des instectes. Le souci de les nommer précisément. Des femmes, toujours étonnantes, et un protagoniste, souvent lettré, qui cherche à les aimer. La nostalgie d’un temps où les mots étaient réservés à dire la beauté du monde…et son étrangeté! Là où se confondent la méditation poétique et le tragique de l’existence, Kawabata applique la technique du haiku à l’écriture du roman. Une grande économie de moyens s’y allie très efficacement à la surprise de l’inusité, constamment renouvelée par les incongruités de l’existence.

J’ai lu dans l’ordre Pays de Neige, Le Grondement de la Montagne et Tristesse et Beauté. Je me plonge à présent dans Les Pissenlits. Et je ne pourrai plus m’arrêter tant qu’il y en aura.

Le soliloque de fiction historique (SFH)

À mi chemin entre le théâtre et le roman, le soliloque inventé d’un personnage historique se pose d’entrée de jeu comme un genre ambivalent. Pour les lecteurs cantonnés dans une habitude de lecture spécifique, que ce soit la lecture critique ou la lecture mimétique, puissent en tirer quelque chose, il faut d’abord que la grille d’interprétation qu’ils ont coutume d’appliquer, qui aux comptes-rendus historiques, qui à l’allégorie romanesque, puisse être suspendue, pour que soit possible une lecture poétique.

Le lecteur critique sera peut-être dérangé par le fait que, dans le contexte poétique du SFH, une banalité peut prendre une importance démesurée, alors que certaines informations déterminantes, incontournables aux yeux de l’historien, peuvent être tout simplement évacuées, si le texte se tient en tant que morceau « musical ».

Quant au lecteur mimétique, habitué à une forte participation émotive, il peut être dérangé par les piqûres répétées de sa curiosité intellectuelle. Le SFH s’offre à lui comme une vulgarisation de l’Histoire. Tout y est avéré, sauf les rêveries. Mais qui pourrait connaître un personnage historique, voire même une personne « ordinaire » jusque dans l’intimité de sa pensée?

Il ne s’agit donc pas d’incarnation – je ne suis pas un impersonator -, mais de masques sculptés à la lumière de lectures des deux types.

Dans mon SFH Le Bloc de l’Oeuvre, le lecteur assiste à la projection du film de fin de vie que Michel-Ange eût pu voir défiler sur l’écran multidimensionnel de sa pensée, en février 1564. Bien sûr, il y a des milliers d’autres projections possibles, mais celle que j’ai imaginée témoigne de mes goûts et de mes choix. Admettant l’universalité de la pensée humaniste, on y prend part à une communion poétique.

Dans le cas de La Nuit de Nice, mon premier SFH, dont une version fut présenté jadis en lecture publique à la salle Fred-Barry, avec Roger Léger, dirigé par Lorraine Pintal, il s’agit de la crise de 1888, après laquelle, diront certains, Nietzsche ne fut plus lui-même. Le cadre précis de la scène: la chambre louée par le philosophe pour l’un de ses hivers méridionaux, facilite la redistribution des informations historiques pertinentes au cadre poétique.

http://www.edilivre.com/le-bloc-de-l-oeuvre-pierre-voyer.html

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La grande opération

On parle beaucoup de la séparation de l’Église et de l’État, mais il y a une opération beaucoup plus difficile à faire: c’est la séparation de la culture et de la religion. C’est aussi important pour la santé des sociétés que l’est la séparation de l’amour et de la sexualité pour la santé des personnes.

Les religions ne sont jamais la vraie raison des conflits; elles sont toujours utilisées, par des esprits retors, comme prétexte à des guerres dont les véritables raisons sont économiques et politiques.

Lorsque l’éducation se résume à l’étude du livre sacré d’une religion, on risque de voir des scènes aussi révoltantes que la destruction des oeuvres inestimables conservées dans les musées, comme celui de Mosul.

Une saine éducation doit chercher à faire découvrir les traits communs des oeuvres d’art de différentes cultures, plutôt que de mettre de l’avant les différences idéologiques du contexte socio-historique de leur création. Il est très facile de trouver une semblable beauté dans une cantate de J.S. Bach et dans un chant de Nusrat Fateh Ali Kahn, à condition de ne pas mettre le texte au premier plan . Quelqu’un qui interdirait à ses enfants d’écouter La Flûte enchantée de Mozart par crainte d’endoctrinement franc-maçonnique serait coupable d’un crime comparable à celui des Vandales de l’État islamique.

Cette grande opération risque d’être d’autant plus douloureuse qu’est profondément ancré le préjugé favorable à la religion. Il faudra fournir un immense effort afin de « déconfessionnaliser » l’art sacré. Je ne dis pas désacraliser, parce que l’art, qu’il soit religieux ou laïque, à la rigueur pornographique, reste fondamentalement sacré. Seule la commercialisation peut rendre l’art profane.

Notre rapport à l’art ne peut pas être fondé sur la vérité et la croyance qui s’y rattache, mais doit rester exclusivement esthétique. La beauté artistique est la seule vérité qui soit, dût-elle être éphémère.

Il faudra donc agir avec précaution, car on ne saurait prélever sans discernement le religieux de l’artistique. Mais il est urgent d’agir, dans toutes les cultures! Aussi, un crucifix doit-il être considéré dans ce qu’il a en commun avec la Vénus de Milo ou L’Origine du Monde de Courbet.

L’athéisme passif, ça n’est plus assez! Appel aux agnostiques actifs.

Assurer la neutralité religieuse de l’État est une chose fort louable, mais tant que n’est pas engagé un grand projet collectif d’éducation laïque, tant que n’est pas enseignée dans les écoles, même dans les écoles religieuses, toutes confessions confondus, la sacro-sainte primauté de la laïcité, tant que n’est pas découragé tout discours qui place la loi divine au dessus de la loi des hommes, il devient urgent de réaffirmer haut et fort que la santé de la démocratie exige, sinon le refus, au moins la relativisation des vérités religieuses.

Tous les accommodements sont vains tant que n’est pas établie le principe même de la laïcité, tant que n’est pas dépassé ce point de l’histoire où les religions ont perdu leur utilité. Nous en sommes là! La foi, quelle qu’elle soit, doit rester secondaire, comme le mythe l’est par rapport à la raison. Dès qu’elle se pose comme principe premier de l’activité humaine, la foi met le fidèle dans une position paradoxale en tant que citoyen. Actuellement, c’est dans cette marge indéfinie qu’a lieu le double jeu de nos politiques.

Jacques Ferron et Saint-Denys Garneau

Je tombe sur une vielle découpure de journal. C’est plutôt une déchirure d’un jaune foncé tirant sur l’ocre. Je ne sais plus de quel journal; je n’ai pas non plus le nom du journaliste. Il s’agit, je crois, d’une rubrique, puisque le titre en est : Les Insolences de Monsieur Untel. L’auteur y rapporte les propos vitrioliques de Jacques Ferron sur le poète Hector de Saint-Denys Garneau. Dans « La Littérature par elle-même », publié dans le deuxième cahier de l’AGEUM, le célèbre médecin écrit: «Saint-Denys Garneau, prisonnier de sa caste, privilégié de la servitude, étranger dans sa ville, circulant dans son pays sans le voir, considérant son peuple comme une populace bonne à fournir des serviteurs et des putains, yant d’ailleurs la frousse des mauvaises maladies…». Et le journaliste se demande alors d’où Jacques Ferron tient-il ces «renseignements étonnamment précis»? «Il ne les a certainement pas trouvé dans son oeuvre».
Aujourd’hui, où la dimension « people » a plus de place que l’oeuvre des écrivains, on brasserait beaucoup de marde autour de cet entrefilet.